Comité de Soutien aux Enfants de Lomé

Chronique de mars 2015

 

 Vous avez dit "Culture"?

Développer les activités de peinture à Lomé auprès des enfants des rues; ouvrir des bibliothèques au CAJED et à l’APPEL est-ce essentiel ? Un luxe ? Un gadget ? Peut-être qu’à l’origine restait-il en nous quelques réserves de ce type quand l’association « Constellation » nous a proposé ses activités d’animation autour du dessin ? Les dernières réticences ont fondu au soleil quand on a pu voir les productions des associations qui travaillent avec « Constellation » dans vingt trois pays de la planète ; les dessins éclatent de couleur et de lumière. Ensuite il y a eu les premiers envois de peinture ; une première fois nous sommes partis à deux pour notre visite annuelle avec 16 kilos de peinture, feutres, pinceaux, crayons de couleur... et cela se reproduit à chaque fois. Nous gagnons Lomé comme les émigrés qui rentrent au pays. Et puis nous avons assisté aux premières séances et constaté l’émerveillement des gamins devant ces couleurs qu’on étale. Ils n’avaient jamais tenu un feutre, un pinceau alors que nos enfants ou petits enfants dans la plus petite classe de maternelle peuvent étaler de la peinture sur une feuille et même à côté. Alors la peinture pour les petits de chez nous et simplement des stylos bille pour les petits africains ?

 

 

ChroniqueAujourd’hui cette réflexion autour de la culture apparaît encore plus d’actualité car elle revient sans cesse quand des mouvements extrémistes nous posent des questions vitales, quand des jeunes, souvent des délaissés de la culture dans les pays d’Europe, passent à l’acte pour tromper leur ennui et fuir leurs échecs. Nous sommes choqués quand des images d’écoles détruites, surtout celles des filles, ou d’antiquités détruites à la pioche nous parviennent. Alors un luxe ? On voit bien que même dans nos sociétés cet effort autour de la culture devient indispensable pour ouvrir de nouveaux horizons qui ne sont pas réservés à quelques uns. A Lomé nous menons cette politique depuis plusieurs années à travers la peinture, la lecture (pourquoi pas un jour la musique ?). Maintenant cette activité peinture, tout comme l’existence d’une bibliothèque, fait partie de la vie du foyer de l’APPEL ; ces mêmes activités sont en train de se développer au foyer du CAJED. MAREM, une association que nous connaissons bien, créée par des jeunes Togolais étudiants ainsi que la directrice du club de quartier Kisito Jeunesse jouent également cette carte de la culture. Ce sont plus de 200 caisses de livres que nous avons pu faire parvenir, en quelques années, sur ces différents sites. Exclusion et marginalisation deviennent presque banales et les remèdes sont souvent ramenés à des solutions de première urgence : se loger et se nourrir. Créer de telles activités c’est faire le pari d’un développement plus complet de ces jeunes, les ouvrir au monde, développer leurs capacités de création, leur offrir de nouveaux moyens de communication. 

 

 

ChroniqueNous avons bien vu avec la magnifique revue publiée à partir des dessins des enfants du monde par « Constellation » que c’est effectivement un vrai outil de communication. Les peintures chaque année tournent autour d’un thème. Une année « les femmes », une autre « la protection de la nature », une autre encore « l’eau ». Il est apparu avec ce dernier thème que l’intérêt était grand pour ces enfants de découvrir leurs différences, leurs cultures. Les dessins en provenance du Niger montraient essentiellement des femmes et des enfants transportant des bidons alors que ceux venant du nord de l’Inde ou d’Amérique latine représentaient des torrents ou des rivières abondantes au milieu d’une végétation luxuriante.

 

 

ChroniqueMoyen de communication encore que cette possibilité de développer un autre langage avec des enfants qui ont souvent un lourd passif dans ce domaine. Dans les premiers dessins nous avons été frappés de la présence de défunts dans les dessins. Il s’agit bien là d’un domaine « réservé » pour ces enfants dont beaucoup ont perdu très jeunes un, voire les deux parents. Moyen de communication mais aussi une occasion d’être reconnu pour autre chose. En effet ces enfants sont dans des classes de soixante dix, cent ou cent vingt élèves ; il est sans doute difficile dans ces conditions de trouver une identité. On a bien vu lors de nos déplacements à Lomé, en les faisant parler de leurs dessins devant une caméra, qu’ils étaient fiers qu’on les reconnaisse pour ce qu’ils avaient fait. En fait cette activité constitue une mine de ressources ; école de liberté, on ne copie pas un modèle on crée ; ou encore invitation à goûter la vie à travers la couleur ; développement de l’estime de soi en se découvrant de nouvelles capacités ; invitation à savoir regarder et admirer le travail de l’autre… bref toutes les craintes face à ce choix sont balayées.

 

 ChroniqueChronique

 

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez trouver ici une photothèque avec de nombreux dessins de ces enfants de Lomé. N’hésitez pas non plus à nous faire part de vos réactions à nos propos ou à la vue de ces dessins. Et puis si vous avez d’autres idées à partager avec nous, nous serons heureux de les recueillir.

(mars 2015)

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