Comité de Soutien aux Enfants de Lomé

2013 Apprentissage

L’apprentissage un vecteur privilégié pour offrir aux jeunes dont nous nous occupons des perspectives d’avenir et d’autonomie dans leur vie de jeunes adultes…

 

Après la réflexion sur les enfants des rues que nous vous avons proposée dans notre dernière chronique du mois de mai, nous aborderons aujourd’hui le thème de l’apprentissage.

 

En partant de l’expérience du centre d’apprentissage « La Conscience » rencontré en la personne de son Directeur, Philippe DJISSENOU, au cours du voyage à Lomé en 2013 quelques conclusions seront tirées qui peuvent servir pour nos deux associations partenaires. Fondé en 2006 par un ancien pensionnaire du Foyer de l’APPEL ce centre d’apprentissage compte aujourd’hui 250 jeunes de plus de 16 ans avec 89% de filles et 11% de garçons, encadrés par 14 éducateurs ou moniteurs. Ce nombre est insuffisant dans l’immédiat mais les moyens actuels ne permettent pas de faire mieux. Depuis 2006, déjà 197 jeunes sont sortis de cette institution, 82 ont redistribué une participation en nature (sacs de riz, huile, etc.). Ce centre est situé à quelques 70 kilomètres au nord-est de Lomé à Ahépé. C’est une réponse pour tous ceux qui ne peuvent plus aller à l’école ou qui ont pu avoir des parcours erratiques. L’inscription pour trois ans coute 8000 Francs CFA soit environ 12 Euros ce qui est très modique mais beaucoup ne peuvent pas le payer ; en effet, 10% des jeunes sortent de prison, souvent pour des faits mineurs alors que la prison au Togo( ?) est très destructrice. D’ailleurs leur présence pose parfois quelques problèmes dans la gestion du centre ; c’est sur ce point que le Directeur aimerait pouvoir embaucher des éducateurs spécialisés.

 

La formation tourne actuellement autour de 9 filières : couture, coiffure, batik, tissage, tapisserie, menuiserie, soudure à l’arc, élevage et culture. Doit ouvrir cette année une section boulangerie. Des projets sont en cours d’élaboration pour répondre à des interrogations actuelles et essentielles : il est nécessaire de suivre l’évolution des métiers et de la demande pour ne pas continuer à former des jeunes sur des secteurs de l’emploi qui ne sont plus guère porteurs d’avenir. Ainsi pour les coiffeurs ou les tailleurs pour lesquelles il y a saturation et une demande qui fléchit (la demande de tresses, opération longue, diminue au profit des cheveux courts pour les femmes). Et puis il ne faut pas continuer indéfiniment d’orienter les filles vers des filières moins valorisantes. Un grand projet se profile à l’horizon 2014-2015 de construction d’un lycée agricole et technique ouvert à de nouvelles filières : plomberie, électricité, maintenances diverses… Il est souhaitable que les jeunes puissent s’inscrire à deux approches à la fois afin de pouvoir répondre à la demande en acquérant une plus grande souplesse. La formation sera assortie de cours de gestion et de comptabilité de base pour permettre à ces jeunes de réussir dans la vie. Le concept de base de ces formations ce sont les « groupements autonomes de production » véritables mini-entreprises pour développer leurs capacités d’autonomie, de responsabilité et d’invention. Les jeunes doivent faire vivre eux-mêmes l’institution et en trouver les moyens.

 

Pour renforcer la responsabilisation des jeunes il y a une forme d’intéressement : par exemple sur un poulet vendu 3000 Francs CFA, 500 reviennent aux jeunes attachés à cette filière ce qui leur permet de se constituer également un petit pécule qui peut être utile en sortant d’apprentissage. C’est une façon de s’appuyer sur des pratiques empruntées à l’économie solidaire et de répondre aux besoins que nous connaissons bien quand il faut les « libérer » (installer) à la sortie d’apprentissage. Après leur installation professionnelle, les jeunes sont invités à des séances d’échanges d’expériences. Ils sont également sollicités, dans la mesure de leurs moyens, pour soutenir le fonctionnement du centre, par exemple par des dons en nature. Ceux qui seraient éventuellement en difficulté dans la réalisation de leurs projets peuvent bénéficier de conseils et d’aide. Depuis 2006, 5 d’entre eux ont été « dépannés ».

 

Une radio doit voir le jour en 2013 avec une portée dans un rayon de 100 kilomètres « la voix des sans voix ou la voix des jeunes ». Sont déjà installés studio d’enregistrement ; antenne ; il reste l’émetteur. La fréquence est déjà obtenue. Le centre dans son ensemble fonctionne en autarcie avec une couverture de 99% des dépenses par la vente de la production ce qui lui donne une grande indépendance pour une stricte laïcité et indépendance politique. On pourra trouver plus d’informations sur le site de l’institution : http://www.laconscience.org

 

Comme on peut s’en rendre compte à la lecture de ces quelques lignes beaucoup de questions ou de réponses apportées par cette expérience sont dans le droit-fil des interrogations que se posent les dirigeants de l’APPEL ou du CAJED. D’ailleurs depuis quelques mois deux jeunes du foyer de l’APPEL y demeurent. Ce n’est pas sans leur poser des difficultés pour s’adapter. On ne passe pas facilement d’une structure qui veut créer un climat quasi familial à une institution qui renvoie aux valeurs d’autonomie et de responsabilité. Il ne faut pas pour autant rejeter ce qui dans la vie de tout être humain, en France ou en Afrique, constitue des phases obligatoires de la structuration d’un individu : une première période plus affective autour des valeurs de la famille et une deuxième plus indépendante autour des valeurs d’autonomie. L’expérience de ces deux jeunes va permettre de tirer des conclusions pour d’autres qui viendront après. Il faut préciser que dans les filières « classiques » d’apprentissage tous les « maîtres » ne sont pas des tendres, certains demandant encore des « cadeaux » (en travail ou en nature) aux jeunes après la fin de leur formation.

 


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